LES CORPS DES 19 FUSILLES RETROUVÉS
LE 20 AOUT 1944
A L'HERMITAGE-LORGE



Armand TILLY

Après l'exécution au camp de manœuvre des Croix en Ploufragan, le 6 mai 1944, les 19 corps de fusillés sont inhumés sur place dans une fosse commune, à proximité par les Allemands.
Le lendemain de la fusillade, quelques Ploufraganais se rendent sur les lieux et essayent de déterrer les corps mais les allemands les dispersent.
La population locale mis au courant des événements manifeste sa solidarité en déposant régulièrement des bouquets de fleurs où sont ensevelis les 19 corps, ce qui déplaît à l'occupant, qui dispose des mines autour de la fosse.
Les employés des Pompes Funèbres de Saint-Brieuc sont réquisitionnés pour exhumer les corps, aidés dans leur tâche par la Croix-Rouge.
Des témoins ont pu relever que le convoi prend la direction de Quintin.

Les circonstances qui permirent de retrouver les corps des 19 fusillés

Armand Tilly raconte :
Les 7 martyrs de Plouaret furent exécutés avec mon camarade FTP Roger Madigou de Louargat, arrêté à Saint-Paul en Louargat le 6 avril 1944 et emprisonnés avec eux à la maison de la Pépinière à Plouaret.
Le père de Roger Madigou exprima le souhait que le corps de son fils fût retrouvé.
J'ai fais le récit de ces événements, dans une lettre adressée à Monsieur le Maire de L'Hermitage-Lorge.

Monsieur le Maire.

Comme convenu, j'ai l'honneur de vous communiquer de quelle façon avaient été découverts les 19 corps de Résistants fusillés par l'ennemi le 6 mai 1944 à Ploufragan (*), et qui avaient été quelques semaines plus tard, été exhumés de la fosse commune pour être transférés et ensevelis dans une clairière de la forêt de Lorge.
L'endroit se situe sur la route D81 de Ploeuc, à environ 250 mètres après le passage à niveau, sur la droite avant d'amorcer la descente dans la direction de Ploeuc. Cet endroit, à l'époque, était une semie clairière constituée de fougères et de quelques bosquets.
Aussitôt après la libération de Tréguier à laquelle j'avais participé, Monsieur Madigou, père de Roger, vint nous solliciter afin de prêter notre concours pour rechercher le corps de son enfant.
Nous lui avons donné notre accord.
Vers le 19 août 1944, nous sommes allés, Monsieur Madigou, Monsieur Lalès Louis (Président du Front National local) et moi même, à la préfecture à Saint-Brieuc avec l'espoir d'obtenir des renseignements quant à la destination des corps. Il nous a été conseillé de nous informer auprès du service des Pompes Funèbres qui avait été réquisitionné par l'ennemi pour les exhumations de la fosse commune.
Auprès de ce service nous avons reçu des indications très intéressantes à savoir :
Que l'ennemi avait bien réquisitionné le service des pompes funèbres et fait mettre les corps dans des caisses mal ajustées pour être chargées dans des camions qui prirent la direction de Quintin, escortés par la troupe.
Les employés des Pompes Funèbres eurent l'heureuse initiative, à l'insu des allemands de relever le signalement de chaque corps (taille, couleur des cheveux et des chaussures, tenus vestimentaire...), et apposèrent un numéro sur chaque caisse. Ils nous remirent ces renseignements relevés mais leurs connaissances de la suite s'arrêtaient là.
Ils nous conseillèrent de nous rendre dans un café à Ploufragan fréquenté par des cheminots qui, d'après des rumeurs, étaient à même de nous fournir de plus amples informations quant à la direction suivie par la colonne allemande. En ce lieu nous avons appris que le chef de gare de L'Hermitage avait eu des échos se rapportant à la date de l'enlèvement et que cet indice se situerait aux environs de L'Hermitage.
Le chef de gare nous a informé qu'il avait entendu parler d'un cultivateur qui ce jour là était occupé à couper de la litière dans un bois, vit arriver une colonne de camions allemands qui stoppa à sa hauteur. Les occupants lui intimèrent l'ordre de déguerpir immédiatement, ce qu'il fit sur le champ.
Quelques jours plus tard, ce même cultivateur revint sur les lieux et constata plusieurs monticules de terre à l'endroit où il avait coupé la litière, et à d'autres épars.
Le chef de gare nous conseilla ensuite de nous rendre dans un café aux Forges pour de plus amples détails. Le patron de l'établissement nous confirma la déclaration du chef de gare et se proposa de nous conduire sur les lieux. A l'endroit supposé, nous avons constaté l'existence de plusieurs monticules.
Nous avons creusé l'un d'entre eux et y découvrirent, à environ 40 centimètres de profondeur, une caisse disjointe d'où sortait une odeur nauséabonde.
Les corps ont été enlevés en ce qui concerne ceux de Louargat et Plouaret le 22 août 1944, les autres quelques jours après.
Je précise que le transport de ceux-ci s'est effectué en contravention avec l'ordre de la préfecture qui interdisait tout transport de corps à l'époque. Cette décision avait été prise sur insistance des familles des martyrs.
Je reste à votre disposition pour tous renseignements que vous jugerez utiles.
Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'assurance de ma haute considération.

Armand Tilly

(*) la présence des corps était connue par les habitants du secteur, mais aucun indice ne permettait leur identification, ni leur origine.


Les corps des 19 martyrs fusillés sont donc retrouvés éparpillés dans une clairière au bord de la Départementale 81, conduisant de la route de Loudéac à Plouec à environ 250 mètres après le passage à niveau, à droite en abordant la descente sur la commune de L'Hermitage Lorge, dans la forêt de la Perche.
La sœur et le père de Roger Madigou sont présents lors du rapatriement des corps, ils reconnaissent Roger grâce à la ceinture, au pantalon de golf et aux cheveux que porte Roger.
La récupération des corps est rendue difficile du fait du refus de la préfecture d'autoriser le transfert des corps vers les communes d'origine.
Une opération "commando" est mise en place le 22 août 1944 avec hommes, camion, voiture (traction avant) et armement, pour récupérer les 8 corps.
Les corps sont enlevés sans autorisation.
Pour Roger Madigou dans un cercueil en zinc fermé hermétiquement par plombage (soudé par Paul Le Guesclou ferblantier à Louargat), ce cercueil a coûté très cher.
Pour les 7 suppliciés de Plouaret dans les caisses d'origine.
Ce travail est très pénible à cause des odeurs dégagées par les corps.
Puis les corps sont transférés dans les communes respectives.
Le convoi est constitué :
D'une traction avant Citroën, qui est réquisitionnée, où ont pris place Geneviève Madigou sœur de Roger, Jean Marie Madigou père de Roger, Louis Lalès, Armand Tilly qui conduit le véhicule.
D'un camion Renault récupéré aux allemands dans lequel sont transportés les 8 cercueils et à bord duquel se trouvent Jean Le Moal et Albert Jacob de Plouaret, Fernand Lahellec de Lanvellec, le véhicule est conduit par Yves Le Meur.
La population de Plouaret est rassemblée au bourg attendant l'arrivée des véhicules, mais compte tenu de l'heure tardive, l'ordre est donné que chacun rentre chez soit.
Le camion tombe plusieurs fois en panne lors du voyage, il arrive tard dans la nuit.
Sont aussi du convoi Yves Trédan et François Lafontaine du Vieux Marché.
Une chapelle ardente est dressée dans la salle des fêtes de Plouaret. La population peut ainsi rendre un dernier hommage aux 7 martyrs, dont les cercueils couverts de drapeaux tricolores sont exposés en attendant les obsèques et apporter son soutien aux familles endeuillées.
Le 24 août 1944, une foule considérable rend un dernier hommage aux 7 martyrs de Plouaret, c'est le Capitaine Yves Trédan le responsable de la compagnie la Marseillaise qui lit l'allocution funèbre.
Les noms des sept martyrs de Plouaret figurent sur le monument qui leur est consacré à l'entrée du cimetière de Plouaret, au dos duquel l'Abbé Kenven, alors recteur de Plouaret, a fait graver en breton cette épitaphe :
Ken toc'h mervel evit terc'hel o deus lavared paotred Plouaret.
Plutôt mourir que céder ont dit les gars de Plouaret.